Séville, la ville qui m’a réconcilié avec l’Espagne

9–13 minutes

Pourquoi je n’aime pas vraiment l’Espagne

Jusqu’à récemment, je dois avouer que je n’aimais pas l’Espagne. J’ai du mal à vous le verbaliser mais j’ai toujours vu les espagnols comme de gigantesques singes. Pour me faire cet avis je suis évidemment allé plusieurs fois en Espagne pour établir ce genre de constats.

Mon expérience a commencé avec le ski durant mon enfance. Je me rendais souvent dans quelques stations des Pyrénées à une heure de chez moi pour descendre quelques pistes, profiter de l’air pur de la montagne, faire monter le cardio et m’amuser en faisant le plein d’adrénaline comme un enfant sain des années 2000 avant que le ski ne devienne praticable uniquement sur Wii Sport parce que les français ont perdu tout leur pouvoir d’achat jusqu’à devenir les clochards de 2026 que nous sommes tous maintenant.

Durant ces moments-là, il y avait les gens civilisés qui skiaient et qui étaient normaux et il y avait de curieux personnages qui hurlaient à travers toute la station pour se faire entendre par leur voisin situé à 50cm d’eux. Evidemment il s’agissait des espagnols. C’est-à-dire qu’on venait pour être en paix et en silence et ces artistes venaient réveiller les lieux donc mes premiers contacts avec eux n’étaient paaaas… voilà quoi.

Hormis ces moments j’ai pu visiter Barcelone étant enfant mais il ne m’en reste pas beaucoup de souvenirs pour être honnête et la suite de mes expériences s’est cantonnée à quelques aller-retours dans des villes d’Espagne proches de la France le temps d’un week-end par-ci par-là.

De la même manière, en plus de leur volume sonore, j’ai pu constater durant mes soirées en Espagne le look des espagnols qui est absolument catastrophique, étant un honnête mix entre Chris Marques et Julien Tanti, le tout avec les lunettes de soleil de La Menace (portées en boite de nuit évidemment). Autant vous dire que ça n’a pas facilité mon avis positif à leur égard.

L’art sartorial selon l’Espagne

Je n’aborderai pas les endroits de cassos dernier degrés comme Lloret de Mar mais il faut se rappeler que ça existe et que vous, les espagnols, devez faire quelque chose parce que c’est sacrément la honte.

Enfin, il faut rappeler que les espagnols sont à l’origine des modes les plus épouvantables que j’ai vues de toute ma sainte vie. Je n’en citerai que deux : la coupe à l’espagnole et le sac à dos en bas du cul.

C’était drôle 2min mais venez on arrête là

Toutes ces choses ont fait que je ne me suis jamais vraiment intéressé à leur pays ni au fait de le visiter, j’ai souvent eu l’impression que c’était la France mais avec des degrés en plus et surtout des standards en moins (en gros ils sont plus pauvres et ont moins bon goût en tout que la France mdr).

Pourquoi Séville ?

Avec ce que je viens de raconter vous allez sûrement vous demander pourquoi j’ai décidé d’aller à Séville. Déjà ce n’est pas réellement moi qui ai décidé pour tout dire j’avais initialement prévu d’aller à Florence en Italie (oui je préfère l’Italie à l’Espagne) mais malheureusement certaines contraintes ont fait que ça n’a pas été possible.

En cherchant où aller, je suis alors tombé sur Séville et à première vue la ville avait l’air magnifique. Les gens en disaient beaucoup de bien et on a donc décidé de franchir le cap et d’y partir sur ce mois de juin 2026 quasi au moment de la canicule parce qu’on ne joue jamais en mode facile ici.

Donc au final j’y suis allé avec pas mal d’aprioris mais avec une certaine curiosité induite par les échos que j’ai eus.

Que faire et que voir à Séville ?

Place d’Espagne

A mon sens l’un des deux indispensables avec la cathédrale de Séville. Cette place construite pour l’Exposition ibérico-américaine de 1929 impressionne autant par ses dimensions que par son architecture. On comprend très vite pourquoi elle est le symbole de cette ville entre son immense bâtiment en arc de cercle, ses mosaïques, ses ponts et ses canaux.

On pensait passer rapidement sur cette place mais au final on s’y est attardés plusieurs dizaines de minutes. Vous avez tout le long de la place des mosaïques qui représentent chacune une grande ville d’Espagne comme par exemple Barcelone, Madrid, Grenade, Alicante, Guadalajara, etc. C’est littéralement un clin d’œil géant à tout le pays et c’est particulièrement stylé à observer il faut le dire. Franchement j’ai fait de mon mieux pour les photos mais il faut la voir en vrai pour l’apprécier à sa juste valeur.

Real Alcazar

Il fallait que je mette ce palais royal dans ma liste de monuments à visiter si vous allez à Séville : il est tout simplement splendide. On peut le définir comme un mélange fascinant d’architecture chrétienne et musulmane, ce qui lui donne une ambiance unique que vous ne retrouverez nulle part ailleurs. Il y a des détails absolument partout dans le palais que ce soit au niveau de l’extérieur avec des patios, des jardins, des fontaines etc (vous croisez même des paons dans les jardins) ou au niveau de l’intérieur avec les plafonds sculptés, les détails aux murs et la parfaite symétrie du palais.

Il faut savoir que ce palais reste toujours utilisé par la famille royale espagnole lors de ses séjours en Andalousie et on comprend largement pourquoi. Par contre je vous le dis, si vous comptez profiter des moindres détails de la visite, comptez 2 à 3h pour tout voir.

Il y avait d’autres édifices à visiter mais, comme ils étaient très similaires au palais, nous avons décidé de nous en tenir au Real Alcazar donc je ne pourrai pas vous donner de détails sur les autres.

Cathédrale de Séville

Pour moi elle est littéralement le GoTo de Séville avec la place d’Espagne. C’est une immense cathédrale gothique (l’une des plus grandes au monde) construite sur les vestiges d’une ancienne mosquée almohade (mouvement religieux musulman berbère en gros). Apparemment l’architecte de cette cathédrale aurait dit, après la réunion qui allait décider de sa construction : « Construisons un temple si grand que ceux qui le verront terminé nous prendront pour des fous ! » et je crois que ça résume assez bien l’état d’esprit de chads de l’époque, bien loin de l’esprit actuel qui consiste à s’excuser d’exister.

A l’intérieur de la cathédrale se trouve non seulement le tombeau de Christophe Colomb mais également le plus gros ostensoir du monde. On y voit de gigantesques voutes arquées ainsi que deux énormes orgues ne formant qu’un. Et surtout, prenez un moment pour vous asseoir devant le retable majeur de la cathédrale pour y admirer ses détails. Vous y verrez le baptême du Christ, la naissance de la Vierge et la Vierge du Siège notamment. Franchement, même sans être passionné d’histoire, il est difficile de rester indifférent devant cet édifice.

Pour les gros qui veulent perdre du poids j’ai un challenge pour vous : monter les 34 étages de la Giralda, cet ancien minaret transformé en clocher, pour admirer la vue sur toute la ville. Bon malheureusement il y a des grillages qui obstruent un peu la vue mais ça reste cool.

Archivo General de Indias

Juste à côté de la cathédrale se trouve un bâtiment souvent moins fréquenté par les touristes : l’Archivo General de Indias.

C’est ici que sont conservés des milliers de documents liés à la découverte et à l’administration des colonies espagnoles en Amérique. Sans être le monument le plus spectaculaire de Séville, il permet de mesurer l’importance qu’a eue la ville durant l’âge d’or de l’Empire espagnol et vous vous retrouvez comme projetés dans le passé.

Prêt à coloniser qui le souhaite

Si vous aimez un minimum l’histoire, le détour vaut largement le coup.

Eglises annexes dans la ville

En m’éloignant un peu des grands classiques, je suis également tombé sur deux églises qui méritent le détour.

Basilique de la Macarena

La première est la basilique de la Macarena, célèbre pour abriter la Vierge de l’Espérance, l’une des figures religieuses les plus vénérées d’Andalousie. Même sans partager cette ferveur, on ressent immédiatement l’importance du lieu pour les sévillans. J’y ai ressenti moi-même une atmosphère très particulière qui transcende l’âme. Sur la gauche lorsqu’un rentre se trouve une statue de Jésus qui nous observe qui était particulièrement impressionnante pour moi.

Eglise San Luis de los Franceses

La seconde, San Luis de los Franceses, est probablement l’une des plus belles églises baroques que j’aie visitées. L’intérieur est incroyablement riche, presque excessif, mais c’est précisément ce qui fait son charme.

Metropol Parasol

Cette immense structure en bois tranche complètement avec le reste de la ville. Certains adorent, d’autres trouvent qu’elle ressemble à un projet d’architecte qui avait un peu trop forcé sur la boisson, ce que je peux comprendre parce qu’il y a quand même un côté Bruxelles dans la modernité dégueulasse du XXIème siècle (d’ailleurs j’ai visité Bruxelles et voici mon constat). Personnellement, j’ai trouvé que le contraste fonctionnait assez bien même si c’était bien moins impressionnant que les autres édifices cités.

Séville, enfin la lourde Espagne

Vous l’aurez compris, on est quand même sur une ville qui propose un sacré nombre de monuments intéressants et impressionnants. Mais pour être franc avec vous, au-delà même de ces bâtiments, j’ai pu découvrir une atmosphère toute particulière dans cette ville qui m’a, il faut le dire, réconcilié avec l’Espagne.

J’ai découvert une ville qui possède une véritable identité. Les ruelles étroites bordées de maisons blanches, les patios fleuris, les façades colorées et les rues et places ombragées dépaysent totalement. On est loin des grandes avenues impersonnelles que l’on retrouve dans beaucoup de métropoles européennes, ici il y a une ambiance de détente totale bien propre au sud et à l’idée qu’on se fait de bonnes vacances d’été.

J’ai également beaucoup apprécié le rythme de vie espagnol dont j’avais entendu parler mais que je n’avais pas expérimenté. En fin de journée, les terrasses se remplissent progressivement, les rues reprennent vie et la ville semble s’animer à mesure que la température devient plus supportable.

En effet, en pleine journée, malgré un climat sec qui rend le tout plus supportable qu’en France, les températures restent très élevées et les habitants ont tendance à ne pas sortir avant une certaine heure à cause de la chaleur. J’ai pu constater qu’avec ce rythme de vie particulier, même les commerces s’adaptent et certains ferment leurs portes en plein milieu de la journée avant de rouvrir en fin d’après-midi. Hormis cet aspect particulier, les sévillans prennent le temps de vivre, discutent dehors jusque tard dans la soirée et donnent à la ville une ambiance chaleureuse.

Côté nourriture il faut l’admettre ils ne sont clairement pas au niveau de la France. Mais malgré tout ils gardent une gastronomie qui régale complètement puisqu’on voit de l’huile d’olive et du jambon partout et ça ça vaut tout. Par contre il ne faut pas avoir faim tôt parce que les espagnols refusent de manger avant 21h ce qui est un concept mais pourquoi pas.

Le dernier point qui est probablement celui qui m’a le plus marqué en tant que catholique, c’est l’omniprésence du Christ dans la vie des sévillans. J’ai découvert un peuple très croyant et très ancré dans ses traditions religieuses, chose qui s’est énormément perdue en France à cause de la République en majeure partie. Ici, des croix à chaque coin de rue, un nombre incalculable d’églises, des messes tridentines comme des messes classiques dans la plupart des quartiers, même les bars locaux sont décorés à la gloire de Dieu. Un paysage qui tranche avec ce qu’on a l’habitude de voir dans notre pays qui se veut pourtant être la fille aînée de l’Eglise.

Décoration typique d’un bar local à Séville

Mon avis sur Séville

J’ai beaucoup aimé cette ville. Le mélange d’architecture chrétienne et musulmane donne un cachet particulier à cette ville qui séduit les âmes en recherche de nouveautés culturelles. Les monuments sont impressionnants, le climat est sec donc largement supportable, les gens sont accueillants et bien que j’avais mon avis sur les espagnols, ici on croise des types avec de grosses voix rauques découper des pieds de jambon, ce qui n’a pas tout à fait la même saveur que les zazous espagnols qu’on retrouve dans les bars à chicha de Lloret del Mar.

En bref, Séville régale, on s’y sent bien, on a de quoi visiter et de quoi s’instruire, il y a du bon gras à manger, de la bonne boisson et une présence religieuse tout à fait fortuite qui sublime l’atmosphère des lieux.

Je vous dirai donc que, si possible pour vous, passez par Séville et vous ne le regretterez pas.

A la prochaine.

-Lucas

6 réflexions sur “Séville, la ville qui m’a réconcilié avec l’Espagne”

  1. claire guilhamet

    Merci encore pour cette revue voyage intéressante et formatrice avec la pointe d’humour qui embellit le tout,
    un plaisir de te lire
    hâte la prochaine !!

  2. Antoine Dorlet

    Super article, ça fait plaisir de le lire ! C’est vrai que Séville, j’y suis allé, et c’est une ville incroyable, on en prend plein les yeux.

    Je crois qu’on est tellement habitués à aller en Catalogne, vu que c’est juste à côté, qu’on oublie un peu à quel point l’Espagne peut être différente d’une région à l’autre. Ça m’a bien plu que tu montres ça dans ton article, parce que c’est vrai, même si c’est le même pays, on n’a clairement pas le même décor ni la même ambiance entre le sud et le nord-est.

    Mon coup de cœur perso, c’est le jardin des Alcazares.

    Bref, merci pour le partage, ça donne trop envie d’y retourner !

      1. Daniel Claverie

        Joli récit de ton périple…je vois que tu t’es réconcilié avec l’’Espagne!! Et ton humour est tjs présent dans tes voyages
        Hâte de le lire le prochain !!👍😁

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